Par Anastasia Ovcharenko, chef juriste à l’agence UkReine, docteure en droit, avocate en droit civil et de la famille
Bonjour à tous. Je m’appelle Anastasia Ovcharenko. Je suis chef juriste à l’agence de rencontres internationale UkReine, docteure en droit et avocate. Je pratique le droit civil et de la famille depuis plus de 15 ans, et chaque jour j’aide des gens à s’y retrouver dans les subtilités de cette matière.
Aujourd’hui, on va parler d’un sujet qui touche à la fois aux nerfs et à l’argent. L’arnaque sentimentale — le « romantic scam ». Comment faire la différence entre une vraie demande d’aide et une escroquerie planifiée ? Où commence le délit pénal, et où s’arrête le cadeau ?
Imaginez : vous avez rencontré une femme charmante sur un site de rencontres. Belle, intelligente, attentionnée. Et au bout de deux semaines d’échanges, elle vous demande un smartphone. Ou de l’argent pour réparer sa voiture. Ou payer son loyer. Ou soigner sa grand-mère.
Est-ce de la confiance ? Du calcul ? On va démêler tout ça — sans noyer le sujet dans des codes juridiques ennuyeux, mais avec une vraie logique de juriste.
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La culture, ça change tout
Avant d’accuser une femme de mercantilisme, il faut comprendre une chose essentielle : les relations amoureuses ne fonctionnent pas de la même façon en France et en Ukraine.
En France, le 50/50 est devenu une norme. Les femmes sont fières de leur indépendance, et payer chacun son addition à Paris, c’est banal, ça ne choque personne.
En Ukraine, c’est un autre monde. L’homme est d’abord un protecteur, un provider, quelqu’un qui règle les problèmes. C’est ce que les femmes ukrainiennes attendent, profondément. La plupart jonglent chaque jour entre le travail, les tâches ménagères, les enfants — et depuis quelques années, le stress de la guerre s’est ajouté à tout ça. C’est épuisant.
Dans cette culture, quand un homme offre un cadeau ou aide financièrement, ce n’est pas perçu comme de la faiblesse ou du mercantilisme. C’est un signal : « Il me prend au sérieux. Il est prêt à prendre soin de moi. S’il investit — pas seulement des mots, mais des actes — c’est qu’il tient vraiment à moi. »
Voilà pourquoi une demande d’aide ne signifie pas automatiquement une arnaque. Mais alors, où commence le vrai crime ?
Ce que dit la loi — et ce qu’elle ne dit pas
En tant qu’avocate, je suis tenue de vous donner les éléments juridiques concrets. Alors voyons ce que la loi définit vraiment comme escroquerie.
En droit français, l’escroquerie, c’est le fait de tromper quelqu’un pour lui faire remettre des fonds, des valeurs ou un service. Mais — et c’est crucial — un simple mensonge ne suffit pas. La loi est claire là-dessus : une personne prudente et raisonnablement avisée ne doit pas se laisser abuser par de simples affirmations sans chercher à les vérifier. La tromperie doit s’accompagner d’actes concrets : un faux nom, une fausse identité, de faux documents, une mise en scène élaborée, l’intervention de complices.
Et il faut aussi prouver l’intention. L’auteur devait savoir que ses déclarations étaient mensongères, et agir délibérément pour causer un préjudice ou en tirer un profit. Sans ça, pas d’escroquerie au sens pénal.
En droit ukrainien, la définition est un peu différente. La fraude, c’est s’approprier les biens d’autrui par tromperie ou abus de confiance. Les peines vont de l’amende aux travaux d’intérêt général, jusqu’à trois ans de restriction de liberté. Ce qui distingue ce délit du vol simple : la victime remet ses biens volontairement, parce qu’elle a été induite en erreur — elle n’est pas contrainte par la force.
Une différence technique importante entre les deux systèmes : en France, l’escroquerie ne peut porter que sur des biens mobiliers, de l’argent ou des services. Un bien immobilier ne peut pas physiquement « être remis » — donc l’acquisition frauduleuse d’un droit immobilier n’est pas qualifiée d’escroquerie en France, contrairement à l’Ukraine.
Si ce sujet vous intéresse, dites-moi dans les commentaires si vous avez déjà vécu une situation de ce genre — et comment vous avez réagi.
Deux histoires vraies pour comprendre la différence
La fraude romantique, ça repose sur une chose : créer artificiellement un lien émotionnel fort, pour ensuite en abuser. Voici deux cas concrets.
Premier cas. Vous discutez depuis plusieurs semaines avec une femme, vous vous appelez en vidéo, les échanges sont réguliers et sincères. Un jour, elle vous dit : « Mon téléphone est tombé en panne, je ne peux presque plus te parler correctement. » Vous lui faites livrer un nouveau téléphone. Un mois plus tard, vous réalisez que vous n’êtes pas faits l’un pour l’autre, vous vous séparez. Elle garde le téléphone.
C’est un cadeau. Point.
Si une femme vous demande de payer un taxi pour aller au restaurant, ou une jolie robe avant votre première rencontre — ce n’est pas une arnaque non plus. C’est souvent une façon de tester votre sérieux et votre générosité. En droit civil, vous avez fait un acte de donation. Cet argent n’est pas récupérable, même si la relation n’a pas duré, même si elle a changé d’avis, même si elle a rencontré quelqu’un d’autre. Aucune de ces raisons n’a de valeur juridique. Vous avez payé, en quelque sorte, votre billet pour la version démo d’une belle histoire — sans garantie de happy end.
Deuxième cas. Une femme vous envoie la photo d’un billet d’avion pour Paris. Elle vous explique qu’elle doit présenter 1 000 euros en liquide à la frontière comme garantie financière. Vous faites le virement. Son profil disparaît le lendemain. Son numéro est bloqué. Le billet était un faux, fabriqué sous Photoshop.
Là, on est dans l’escroquerie pure. Tous les éléments constitutifs de l’infraction sont réunis : tromperie délibérée, mise en scène, intention lucrative, préjudice direct.
Peut-on récupérer un cadeau devant les tribunaux ?
Dans la grande majorité des cas, non. Changer d’avis n’est pas un délit. Le droit civil protège la liberté de chacun de modifier ses sentiments. On ne peut pas transformer une relation amoureuse en contrat commercial — « je te donne une bague, tu me donnes ton amour » — ça n’existe pas juridiquement.
Cela dit, il y a deux exceptions bien précises.
La bague de fiançailles : si elle a été offerte expressément dans le cadre d’une demande en mariage, et que le mariage est annulé à l’initiative de la future épouse, un tribunal peut y voir un enrichissement sans cause — le cadeau ayant été conditionnel à un événement qui ne s’est pas produit.
L’escroquerie en série : si une femme a dès le départ créé un faux profil, utilisé une fausse identité, et accepté des cadeaux de dizaines d’hommes en même temps sans jamais avoir l’intention de s’engager réellement avec qui que ce soit — ça, avec des preuves suffisantes, peut être qualifié d’escroquerie.
Partagez dans les commentaires si vous avez déjà offert des cadeaux importants à une femme avant de la rencontrer en personne — et si son attitude a changé ensuite.
Trois réflexes concrets pour se protéger
Pas besoin de devenir méfiant de tout le monde. Mais quelques habitudes simples peuvent éviter de mauvaises surprises.
Vérifiez l’identité rapidement. Un appel vidéo, le plus tôt possible. Les escrocs évitent ça comme la peste.
Achetez des services, ne transférez pas d’argent. Si elle vous demande de payer un hôtel, réservez-le vous-même avec votre carte. Les fraudeurs ne veulent que des virements directs — ils fuient dès qu’on propose autre chose. Attention cependant : proposer d’acheter vous-même le billet d’avion peut parfois être mal perçu par une femme sincère, car ça l’oblige à vous communiquer ses données personnelles — numéro de passeport, identité — ce qui la met dans une position vulnérable. Une femme honnête peut trouver ça intrusif et se retirer.
Gardez toutes vos traces. Les conversations, les promesses, les confirmations de virement. Tout. Ne supprimez rien, même après une dispute. Si un jour vous en avez besoin devant un tribunal, ce sera votre seule preuve.
Conclusion
Les rencontres en ligne comportent des risques réels. Quand vous discutez avec un profil sur un site, vous ne savez pas qui est de l’autre côté. Si jamais vous avez des doutes ou des hésitations, n’hésitez pas à me contacter, je vais vous aider sans frais.
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